Dans 43 % des villes de France, les habitants ne peuvent pas acheter chez eux
Tout le monde le ressent, personne, à notre connaissance, ne l'avait mesuré commune par commune. Nous avons croisé trois données publiques que personne ne rapproche : le revenu médian de chaque commune (INSEE Filosofi), les ventes de logements réellement signées chez les notaires (base DVF, comptées acte par acte) et le taux de crédit du moment (Banque de France). La question posée est simple : le foyer type d'une ville, celui dont la moitié des habitants gagne plus et l'autre moitié gagne moins, peut-il s'y acheter le logement type, celui qui se vend au prix du milieu du marché ? La réponse, calculée sur près de 2 300 communes, est sans appel : dans 43 % d'entre elles, non.
L'indice d'accessibilité : une division toute simple
Le principe tient en une phrase : on calcule ce que le foyer type d'une commune peut financer, et on le divise par ce qui s'y vend réellement. Le budget est celui d'un dossier bancaire classique : un couple sans enfant au revenu médian local (les revenus 2023 de l'INSEE, les derniers publiés), un endettement de 35 % assurance comprise (la règle imposée aux banques depuis 2022), un prêt sur 25 ans au taux moyen Banque de France du moment, un apport qui couvre les frais de notaire. Rien d'exotique : c'est le dossier type qu'une banque accepte.
Le prix de référence n'est pas une estimation : c'est la valeur médiane des ventes réellement signées dans la commune en 2025, maisons et appartements confondus, ventes sur plan comprises, extraite des actes notariés de la base DVF et comptée par acte (une vente portant sur trois parcelles compte une seule fois). C'est exactement le périmètre du prix affiché sur la page de chaque commune.
Un indice de 100 signifie l'équilibre exact : le foyer type finance précisément le logement type. À 50, il n'en finance que la moitié. À 200, il peut s'en offrir deux.
43 % des villes sont inaccessibles à leurs propres habitants
Sur les 2 299 communes d'au moins 50 ventes exploitables en 2025 et dont l'INSEE publie le revenu, 986 affichent un indice inférieur à 100 : le foyer type n'y finance pas le logement type. Dans 142 d'entre elles, il n'en finance même pas 70 %.
La géographie de cette exclusion n'a rien d'aléatoire. Elle dessine trois France immobilières : la France du littoral, de la montagne et du très haut de gamme où les habitants sont spectateurs de leur propre marché, la France de l'équilibre où prix et revenus locaux avancent ensemble, et la France des prix planchers où le foyer type pourrait s'acheter deux logements.
Là où les habitants sont le plus exclus
Le record appartient à Lège-Cap-Ferret : le foyer type y dispose d'un budget d'environ 260 000 euros quand le logement type s'y vend 880 000 euros. Indice : 30. Suivent Saint-Tropez (33), la Corse-du-Sud (Lecci 33, Zonza 38), l'île de Ré (La Flotte 36), Courchevel (37), les villages perchés des Alpes-Maritimes (Èze 38, Tourrettes-sur-Loup 39, Saint-Paul-de-Vence 42) et Hossegor (43). Les beaux quartiers parisiens ne sont pas loin : le 7e arrondissement, qui abrite pourtant les revenus les plus élevés de France, plafonne à 44, le 8e à 48.
| Lège-Cap-Ferret (33) | 30 | 260 000 € | 880 000 € |
| Saint-Tropez (83) | 33 | 254 000 € | 760 000 € |
| La Flotte (17) | 36 | 246 000 € | 680 000 € |
| Courchevel (73) | 37 | 258 000 € | 697 000 € |
| Èze (06) | 38 | 304 000 € | 795 000 € |
| Paris 7e | 44 | 456 000 € | 1 027 000 € |
| Biarritz (64) | 57 | 252 000 € | 439 000 € |
Là où les habitants sont rois
À l'autre bout du classement, les records vont à des villes thermales et de montagne où se vendent de petits appartements bon marché : Bagnoles-de-l'Orne (256), Allevard (247), Amélie-les-Bains (239), Modane (236). Viennent ensuite les préfectures et sous-préfectures de la diagonale des faibles densités : à Tulle, Guéret ou Nevers, le logement type se vend autour de 95 000 euros quand le foyer type peut en financer environ 200 000. Indice : autour de 200. Le marché y est accessible, c'est la demande qui manque.
| Bagnoles de l'Orne Normandie (61) | 256 | 230 000 € | 90 000 € |
| Allevard (38) | 247 | 235 000 € | 95 000 € |
| Amélie-les-Bains-Palalda (66) | 239 | 177 000 € | 74 000 € |
| Tulle (19) | 212 | 206 000 € | 97 000 € |
| Guéret (23) | 209 | 199 000 € | 95 000 € |
| Nevers (58) | 199 | 189 000 € | 95 000 € |
| Aurillac (15) | 198 | 213 000 € | 108 000 € |
Mais alors, qui achète dans les villes inaccessibles ?
C'est la question que l'indice pose immédiatement : si les habitants de Biarritz ne peuvent pas acheter Biarritz, qui signe les 750 ventes annuelles de la ville ? Pour y répondre, nous exploitons une troisième source, rarement mobilisée : le recensement INSEE, qui enregistre où habitait chaque ménage un an avant d'emménager. Commune par commune, on sait donc quelle part des acheteurs récents vivait déjà sur place, et d'où viennent les autres.
Le contraste est net. Là où l'indice dépasse 150, près d'un acheteur récent sur deux habitait déjà la commune (47 % dans la ville type) : le marché se joue entre voisins. Partout ailleurs, un sur trois (33 %) : les deux autres tiers arrivent d'une autre commune, souvent aux revenus supérieurs. Dans certains arrondissements de Marseille, plus de huit acheteurs sur dix sont des locaux. Dans les stations et les beaux quartiers, le prix ne s'explique plus par les salaires de la ville, mais par le budget de ceux qui veulent y entrer.
Ces deux données se lisent ensemble sur chaque page de prix Terralyse : le budget du foyer type d'un côté, l'origine réelle des acheteurs récents de l'autre. Quand l'indice est bas et que les acheteurs viennent d'ailleurs, ce n'est pas une anomalie statistique : c'est le mécanisme même du marché, enfin visible.
Ce que l'indice change pour un vendeur
Pour un propriétaire qui vend, l'indice répond à la question la plus mal traitée des estimations : qui est réellement en face ? Dans une commune à indice 90, votre acheteur probable est un ménage local, contraint par les salaires locaux : un prix trop ambitieux ne trouvera personne. Dans une commune à indice 55 où deux acheteurs sur trois viennent de l'extérieur, la référence n'est pas le salaire de vos voisins : c'est le budget des ménages qui veulent s'installer, et il est souvent supérieur.
C'est exactement l'usage qu'en font les agents immobiliers équipés de Terralyse en rendez-vous d'estimation : montrer au vendeur le budget réel de la demande, données publiques à l'appui, plutôt qu'un avis.
Pour les professionnels : l'argument chiffré du rendez-vous mandat
Les agents immobiliers abonnés à Terralyse disposent de l'indice sur les pages de prix de chaque commune, aux côtés du DVF Pro (les ventes réelles jusqu'à l'immeuble et la copropriété), du Radar DPE et audits énergétiques (les projets de vente détectés avant les portails) et de la vitrine QR avec statistiques par support. L'abonnement Pro est à 79,90 € HT par mois ou 790 € HT par an, sans engagement.
Questions fréquentes
Comment l'indice d'accessibilité est-il calculé ?
D'où viennent les données ?
L'indice est-il sévère ou indulgent ?
Un indice inférieur à 100 signifie-t-il que personne n'achète dans la commune ?
L'indice bouge-t-il avec les taux de crédit ?
Puis-je consulter l'indice de ma commune ?
En conclusion
L'accessibilité immobilière n'est plus une impression, c'est une mesure. En croisant revenus réels, ventes réelles et crédit réel, l'indice raconte trois France : celle où l'on achète entre voisins, celle où l'on achète encore, et celle où les habitants regardent leur ville se vendre à d'autres. Consultez l'indice de votre commune, et si vous vendez, sachez enfin qui est vraiment en face.
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