Taxe foncière : les communes où elle a le plus augmenté
La taxe foncière augmente partout, mais rarement pour la raison qu'on croit. Sur les 9 372 communes que nous avons pu suivre d'un bout à l'autre, 6 165 n'ont pas touché à leur taux une seule fois entre 2022 et 2025, soit 66 % d'entre elles. Leurs habitants paient pourtant davantage. Restent celles qui ont bel et bien voté une hausse, parfois massive : à Gandrange, le taux est passé de 27,18 % à 64,49 % en une seule année. Voici le classement, et l'explication du paradoxe.
Pourquoi votre taxe monte alors que votre commune n'a rien voté
La taxe foncière se calcule en multipliant deux choses : un taux, voté par la commune, et une valeur locative, une valeur théorique de loyer que l'administration attribue à chaque bien. La commune ne décide que du premier terme.
Le second est revalorisé chaque année par la loi de finances, uniformément sur tout le pays, en fonction de l'inflation constatée en novembre de l'année précédente. Sur notre période, cette revalorisation cumule +13,2 % : +7,1 % en 2023, +3,9 % en 2024, +1,7 % en 2025. Personne au niveau local n'a son mot à dire, et l'effet est le même pour tout le monde.
Voilà pourquoi un propriétaire peut voir sa taxe grimper de plus de dix pour cent en trois ans alors que son conseil municipal n'a rien changé. Nos données le confirment commune par commune : chez celles dont le taux n'a pas bougé d'un iota, la charge progresse quand même, et dans les proportions exactes de la revalorisation nationale.
6 165 communes n'ont rien voté, et leurs habitants paient quand même plus
C'est le résultat le plus frappant de notre analyse. Sur 9 372 communes suivies sur toute la période, 6 165 n'ont pas modifié leur taux une seule fois, soit 66 %. Seules 3 207 y ont touché.
À l'échelle du pays, la charge fiscale communale progresse de +15,1 % sur la période, quand la seule revalorisation des bases en explique déjà +13,2 %. L'essentiel de la hausse ne vient donc pas des mairies. L'écart entre les deux, environ +1,9 %, correspond aux communes qui ont, elles, relevé leur taux.
Le taux médian français a d'ailleurs à peine bougé : 34,91 % en 2022, 35,35 % en 2025. La commune typique n'a rien décidé. Ce constat vaut d'être gardé en tête avant d'accuser un conseil municipal.
| Taux inchangé sur toute la période | 6 165 | 66 % |
| Taux modifié au moins une fois | 3 207 | 34 % |
| Charge fiscale en hausse | 9 317 | 99 % |
| Charge fiscale en baisse | 53 | 1 % |
Les vingt communes où le taux a le plus grimpé en 2025
Ce premier classement porte sur la dernière année connue, de 2024 à 2025. Il isole la décision de la mairie, hors revalorisation nationale. Gandrange arrive en tête avec +137,3 %, un taux passé de 27,18 % à 64,49 %.
Le cas de Gandrange a fait l'actualité nationale. La commune, en grande difficulté financière après un contentieux bancaire et la perte des recettes de son site industriel, s'est vu imposer cette hausse par la préfecture. C'est un record, et il ne résulte pas d'un choix politique local mais d'un plan de redressement.
Les communes de moins de 500 avis d'imposition sont écartées de tous nos classements. Non que leurs chiffres soient faux, mais dans un si petit ensemble, quelques constructions nouvelles suffisent à déplacer les indicateurs : le classement mesurerait le hasard plutôt qu'une décision.
| Gandrange (57) | +137,3 % | 27,18 % → 64,49 % | +141,3 % | 1 051 |
| Falck (57) | +100,2 % | 32,78 % → 65,62 % | +103,2 % | 1 002 |
| La Penne-sur-Huveaune (13) | +38,3 % | 46,67 % → 64,53 % | +39,7 % | 2 263 |
| Stosswihr (68) | +31,1 % | 22,52 % → 29,52 % | +34,7 % | 693 |
| Douzy (08) | +30 % | 48,44 % → 62,97 % | +31,7 % | 678 |
| Meurchin (62) | +23,9 % | 44,85 % → 55,55 % | +26,2 % | 1 166 |
| Notre Dame-des-Landes (44) | +23 % | 54,19 % → 66,65 % | +26,3 % | 828 |
| Saint-Ciers-d'Abzac (33) | +19,7 % | 30,06 % → 35,97 % | +20,1 % | 556 |
| Saint Sylvain (14) | +18,3 % | 27,75 % → 32,83 % | +22,4 % | 522 |
| Guemene-sur-Scorff (56) | +17,9 % | 42,18 % → 49,72 % | +20,4 % | 580 |
| Pontrieux (22) | +16,9 % | 41,32 % → 48,32 % | +19,4 % | 539 |
| Eccica Suarella (2A) | +16,9 % | 28 % → 32,74 % | +18,9 % | 569 |
| Meysse (07) | +16,7 % | 30 % → 35 % | +18,2 % | 531 |
| Froidfond (85) | +15,5 % | 38,62 % → 44,62 % | +19,3 % | 929 |
| Pays-de-Montbenoit (25) | +15,4 % | 31 % → 35,78 % | -10,7 % | 740 |
| Champ-sur-Drac (38) | +15,1 % | 33,12 % → 38,12 % | +27,8 % | 1 303 |
| Loos-en-Gohelle (62) | +14,9 % | 49,33 % → 56,7 % | +16,9 % | 1 990 |
| Le Chatelet-en-Brie (77) | +14,2 % | 35,24 % → 40,24 % | +16 % | 1 690 |
| Mesnil-en-Ouche (27) | +13,8 % | 36,34 % → 41,34 % | +16,7 % | 2 604 |
| Viry (74) | +13,3 % | 22,52 % → 25,52 % | +14,5 % | 2 435 |
Sur trois ans, les communes qui ont le plus relevé leur taux
Ce second classement couvre l'ensemble de la période, de 2022 à 2025. Il répond à la question du propriétaire qui compare son avis d'aujourd'hui à celui d'il y a trois ans, et qui veut savoir ce qui relève de sa mairie.
Gandrange y figure en tête avec +175,7 %, un taux passé de 23,39 % à 64,49 %. La colonne « charge fiscale » donne, en regard, l'évolution de ce que la commune encaisse rapporté au nombre d'avis émis : elle cumule la décision locale et la revalorisation nationale, et elle est donc toujours supérieure à la seule hausse du taux.
À l'autre bout du spectre, la commune médiane affiche +13,7 % de charge en plus, c'est-à-dire à peine plus que la revalorisation des bases. La moitié des communes françaises se situent en dessous.
| Gandrange (57) | +175,7 % | 23,39 % → 64,49 % | +212,1 % | 1 051 |
| Falck (57) | +126,4 % | 28,98 % → 65,62 % | +152,8 % | 1 002 |
| Pamandzi (976) | +78,6 % | 22,56 % → 40,29 % | +117,6 % | 835 |
| Myans (73) | +54 % | 24,43 % → 37,62 % | +73,3 % | 582 |
| Ville-de-Paris (75) | +51,9 % | 13,5 % → 20,5 % | +67 % | 1 028 222 |
| Douzy (08) | +44,5 % | 43,59 % → 62,97 % | +62 % | 678 |
| Bandrele (976) | +42,7 % | 11,95 % → 17,05 % | +66,2 % | 705 |
| Guemene-sur-Scorff (56) | +41,7 % | 35,1 % → 49,72 % | +54,3 % | 580 |
| Salies-du-Salat (31) | +40,7 % | 37,95 % → 53,38 % | +52,8 % | 804 |
| Oudon (44) | +39,1 % | 43,47 % → 60,45 % | +59,8 % | 1 560 |
| La Penne-sur-Huveaune (13) | +38,3 % | 46,67 % → 64,53 % | +50,6 % | 2 263 |
| Mallemort (13) | +35,3 % | 22,17 % → 30 % | +55,8 % | 3 438 |
| Meudon (92) | +35,1 % | 19,96 % → 26,96 % | +52,6 % | 16 410 |
| Mtsangamouji (976) | +34,7 % | 18,56 % → 25 % | +70,8 % | 807 |
| Stosswihr (68) | +33,7 % | 22,08 % → 29,52 % | +52,3 % | 693 |
| Le Precheur (972) | +33,1 % | 30,21 % → 40,21 % | +49,6 % | 618 |
| Cordemais (44) | +32 % | 26,17 % → 34,55 % | +38 % | 1 402 |
| Miribel (01) | +31,8 % | 29,97 % → 39,5 % | +43,5 % | 3 544 |
| Sommieres (30) | +31 % | 50,3 % → 65,87 % | +39,2 % | 2 090 |
| Magland (74) | +30,6 % | 22,85 % → 29,85 % | +48,7 % | 1 537 |
Où le taux est le plus élevé, et le plus bas
L'évolution n'est qu'une moitié de l'histoire. Le niveau compte tout autant quand on achète. Anse-Bertrand affiche le taux communal le plus élevé de France en 2025 avec 86 %, quand Mamoudzou s'en tient à 9,17 %. Entre les deux, la commune médiane vote 35,35 %.
Ces écarts s'expliquent d'abord par la richesse des bases. Une commune qui accueille des bureaux, des commerces ou des industries encaisse beaucoup pour un taux modéré. Une commune purement résidentielle doit lever davantage sur ses habitants pour financer les mêmes services. C'est pourquoi les taux les plus bas se trouvent souvent là où l'on s'y attend le moins.
Attention toutefois : un taux élevé ne signifie pas mécaniquement une facture élevée. Ce que vous payez dépend aussi de la valeur locative de votre logement, qui varie fortement d'un territoire à l'autre. Un taux de 70 % sur une base modeste peut coûter moins cher qu'un taux de 20 % sur une base élevée.
| Anse-Bertrand (971) | 86 % | inchangé | 2 004 |
| Troarn (14) | 79,96 % | +3 % | 1 202 |
| Saint-Louis (971) | 77,03 % | inchangé | 1 239 |
| Auch (32) | 76,61 % | inchangé | 9 338 |
| Thaon (14) | 73,58 % | +8,2 % | 698 |
| L'Isle Jourdain (32) | 73,29 % | inchangé | 3 784 |
| Mirande (32) | 73,22 % | inchangé | 1 460 |
| Pointe-A-Pitre (971) | 72,81 % | inchangé | 4 613 |
| Demouville (14) | 72,77 % | inchangé | 1 095 |
| Kourou (973) | 72,64 % | inchangé | 3 770 |
| Saint Laurent-du-Maroni (973) | 72,32 % | inchangé | 3 714 |
| Arques-la-Bataille (76) | 72,09 % | inchangé | 943 |
| Apatou (973) | 72,07 % | inchangé | 869 |
| Flixecourt (80) | 71,77 % | inchangé | 1 047 |
| Chalabre (11) | 71,75 % | inchangé | 620 |
Comment nous avons calculé ces chiffres
Les données viennent du fichier de recensement des éléments d'imposition, publié chaque année par la Direction générale des finances publiques. Il donne, pour chacune des 34 819 communes françaises, le taux voté par le conseil municipal, le montant réellement encaissé et le nombre d'avis d'imposition émis.
Notre série commence en 2022, et ce n'est pas un choix de confort. En 2021, la part départementale de taxe foncière a été transférée aux communes pour compenser la suppression de la taxe d'habitation. Les taux communaux ont bondi de quinze à vingt-cinq points d'un seul coup, sans qu'aucun propriétaire ne paie un euro de plus. Un classement qui traverserait 2021 mettrait en tête des communes qui n'ont rien décidé du tout.
Nous ne publions aucun montant en euros par logement, et c'est délibéré. Le produit encaissé par une commune porte sur tous ses locaux, y compris les commerces, les bureaux et les usines, que le fichier ne sépare jamais de l'habitation. Rapporté au nombre d'avis, il donne des résultats sans rapport avec la réalité d'un propriétaire dès qu'une commune abrite un gros établissement. Nous publions en revanche l'évolution de cette charge, qui reste fiable puisque la même composition se retrouve aux deux dates.
Les moyennes départementales et nationale sont calculées sur les totaux et non en moyennant des moyennes communales, ce qui donnerait le même poids à un village de trente maisons qu'à sa préfecture. Chaque chiffre publié ici se recalcule depuis les fichiers de la DGFiP, et nous rejouons cette vérification avant chaque mise en ligne, classements ligne à ligne compris.
Questions fréquentes
Pourquoi ma taxe foncière augmente alors que ma commune n'a pas changé son taux ?
Quelle commune a le plus augmenté son taux en 2025 ?
Quelle est la commune où le taux de taxe foncière est le plus élevé ?
Un taux élevé signifie-t-il forcément une taxe foncière élevée ?
Où voir la taxe foncière d'une commune précise ?
En conclusion
La taxe foncière augmente partout, mais dans 66 % des communes que nous avons suivies, le conseil municipal n'a rien décidé : c'est la revalorisation nationale des valeurs locatives, +13,2 % en trois ans, qui fait le gros du travail. Restent celles qui ont voté une hausse, parfois spectaculaire, et qui figurent en tête de nos classements. Avant d'acheter, le taux de la commune se vérifie comme un prix au m² : il se paie tous les ans, et il ne se négocie pas.
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