DPE 2027 : où les logements vont changer de classe sans travaux
Au 1er janvier 2027, votre logement pourrait changer d'étiquette énergétique sans que vous ayez posé la moindre isolation. Un projet d'arrêté mis en consultation cet été abaisse le coefficient appliqué à l'électricité, et environ 300 000 logements quitteraient les classes F et G. La nouvelle a été largement reprise, mais toujours au niveau national. Or cette réforme ne touche qu'un seul mode de chauffage, et sa part varie du simple au triple selon les départements. Nous avons croisé les 12,4 millions de diagnostics publiés par l'ADEME avec l'énergie de chauffage de chaque logement pour répondre à la seule question qui compte quand on est propriétaire : est-ce que cela me concerne, moi ?
Ce qui change exactement au 1er janvier 2027
Le diagnostic énergétique ne mesure pas directement ce que vous consommez. Il convertit d'abord cette consommation en énergie primaire, c'est-à-dire l'énergie qu'il a fallu produire en amont pour vous livrer un kilowattheure chez vous. Pour l'électricité, cette conversion se fait avec un coefficient multiplicateur, parce que produire puis transporter de l'électricité en consomme une partie en chemin.
Ce coefficient était de 2,3 jusqu'en 2026. Il est passé à 1,9 au 1er janvier 2026. Le projet d'arrêté mis en consultation publique du 9 juillet au 6 août 2026 propose de l'abaisser encore, de 1,9 à 1,7 au 1er janvier 2027.
Concrètement, un logement chauffé à l'électricité voit sa consommation affichée baisser d'environ 10,5 % supplémentaires. Cumulé avec la baisse de 2026, cela représente une diminution d'environ 26 % en deux ans, pour un logement qui n'a pas bougé d'un pouce.
Pourquoi cela ne concerne qu'une partie des logements
C'est le point que les reprises de l'information passent souvent sous silence. Le coefficient qui change ne s'applique qu'à l'électricité. Rien ne bouge pour un logement chauffé au gaz, au fioul, au bois ou par un réseau de chaleur urbain. Si vous avez une chaudière à gaz, votre étiquette sera exactement la même en 2027 qu'en 2026.
Nous avons donc regardé, parmi tous les logements français classés F ou G, lesquels sont chauffés à l'électricité. Sur 1 509 218 logements classés F ou G dans la base des diagnostics, 564 847 sont chauffés à l'électricité, soit 37,4 %. Ce sont eux, et eux seuls, que le nouveau calcul peut faire remonter d'une classe.
Les deux tiers restants ne verront aucun changement. C'est la première chose à vérifier avant de se réjouir ou de s'inquiéter : regardez la ligne du chauffage sur votre diagnostic, pas la lettre.
| Électricité | 564 847 | 37,4 % |
| Gaz naturel | 474 313 | 31,4 % |
| Fioul domestique | 321 357 | 21,3 % |
| Bois (bûches) | 71 656 | 4,7 % |
| Réseau de chaleur urbain | 49 196 | 3,3 % |
| Autres (gaz en citerne, granulés, charbon) | 27 849 | 1,9 % |
Une France coupée en deux, du Sud au Nord-Est
En croisant département par département, une géographie très nette apparaît, et elle n'a rien d'un hasard. Là où les hivers sont doux, on a longtemps installé des convecteurs électriques, moins chers à poser et suffisants pour quelques semaines de froid. Là où les hivers mordent, on a installé du gaz ou du fioul.
Résultat : la réforme de 2027 est une nouvelle méridionale et littorale. Dans l'Hérault, 63 % des logements classés F ou G sont chauffés à l'électricité. En Moselle, ils sont 15 %. Pour un même texte réglementaire, l'effet sur le terrain va du simple au quadruple.
Les départements où la réforme touche le plus de propriétaires
Lecture : dans l'Hérault, 63,1 % des logements classés F ou G étant chauffés à l'électricité, ce sont 4 701 logements qui peuvent gagner une classe.
| Hérault | 63,1 % | 4 701 |
| Bouches-du-Rhône | 58,5 % | 8 993 |
| Var | 56,4 % | 5 151 |
| Vendée | 55,6 % | 7 585 |
| Paris | 55,5 % | 84 341 |
| Pyrénées-Orientales | 55,1 % | 2 763 |
| Alpes-de-Haute-Provence | 53,7 % | 3 700 |
| Vaucluse | 52,1 % | 6 271 |
| Charente-Maritime | 52,0 % | 7 006 |
| Gard | 49,0 % | 2 626 |
Les départements où presque rien ne bougera
Dans le quart nord-est, le chauffage au gaz et au fioul domine largement le parc ancien. La réforme y passera donc quasiment inaperçue, non pas parce que les logements y sont meilleurs, mais parce qu'ils ne sont pas chauffés de la bonne façon pour en bénéficier.
| Moselle | 15,1 % | 3 202 |
| Haute-Saône | 16,1 % | 820 |
| Territoire de Belfort | 17,5 % | 680 |
| Haut-Rhin | 18,7 % | 2 656 |
| Ardennes | 19,0 % | 1 295 |
| Jura | 20,4 % | 1 475 |
| Doubs | 21,5 % | 2 331 |
| Vosges | 23,0 % | 2 059 |
Là où le plus grand nombre de logements est en jeu
La part ne fait pas tout. Un département très peuplé avec une part moyenne concerne plus de monde qu'un département rural avec une part élevée. En nombre de logements, la hiérarchie change complètement, et Paris écrase le classement avec plus de 84 000 logements potentiellement reclassés à lui seul.
| Paris | 84 341 | 55,5 % |
| Hauts-de-Seine | 20 590 | 33,4 % |
| Rhône | 15 977 | 46,1 % |
| Nord | 14 910 | 28,0 % |
| Val-de-Marne | 13 743 | 31,4 % |
| Seine-Saint-Denis | 13 267 | 34,9 % |
| Seine-Maritime | 12 310 | 37,3 % |
| Loire-Atlantique | 11 373 | 49,0 % |
Ce que cela change vraiment si vous êtes propriétaire
Le calendrier d'interdiction de location, lui, ne change pas. Les logements classés G ne peuvent plus être proposés à la location depuis le 1er janvier 2025. Les classés F le seront à partir du 1er janvier 2028, et les classés E à partir du 1er janvier 2034.
C'est là que la réforme prend tout son sens pour un bailleur. Un logement aujourd'hui classé G qui remonte en F redevient louable en 2027, puisque l'interdiction ne s'applique pas encore à cette classe. Il faut toutefois garder la date de 2028 en tête, qui arrive vite.
Un logement classé F qui remonte en E, lui, sort du calendrier pour de bon jusqu'en 2034. C'est un répit de sept ans, et c'est probablement le cas de figure le plus intéressant pour ceux qui hésitaient entre vendre et rénover.
Pour un vendeur, l'effet est plus direct encore. La lettre du diagnostic pèse sur le prix négocié, et sortir de la catégorie communément appelée passoire change la façon dont un acheteur aborde la visite.
Ce que la réforme ne fait pas, et il faut le dire
Un logement reclassé de G en F ne consomme pas un kilowattheure de moins. Sa facture de chauffage sera exactement la même en janvier 2027 qu'en décembre 2026. Ce qui change, c'est la conversion administrative entre ce qu'il consomme et ce qui s'affiche sur son étiquette.
Le raisonnement derrière cette baisse n'est pas absurde : l'électricité française est de moins en moins carbonée, et le rendement du réseau s'améliore. Il reste que le confort du locataire, lui, ne change pas d'un degré. Un logement mal isolé le demeure, avec les mêmes murs froids et les mêmes courants d'air.
Si votre logement remonte d'une classe, voyez-le comme du temps gagné plutôt que comme un problème réglé. Sept ans de répit sont l'occasion d'étaler des travaux au lieu de les subir dans l'urgence d'une échéance.
Questions fréquentes
Mon logement va-t-il vraiment changer de classe en 2027 ?
Je me chauffe au gaz, suis-je concerné ?
Faut-il refaire le diagnostic pour bénéficier du nouveau calcul ?
Un logement classé G qui passe en F peut-il être reloué ?
Cette réforme est-elle définitive ?
Où voir la situation de ma commune plutôt que de mon département ?
En conclusion
La réforme du diagnostic énergétique prévue pour 2027 est une bonne nouvelle pour à peu près un propriétaire de passoire sur trois, et une non-nouvelle pour les deux autres. Tout se joue sur une ligne de votre diagnostic, celle du chauffage, et sur une géographie qui oppose un Sud au convecteur électrique à un Nord-Est au gaz et au fioul. Si vous êtes concerné, le gain le plus solide n'est pas la lettre elle-même mais le temps qu'elle vous fait gagner avant la prochaine échéance. Si vous ne l'êtes pas, le calendrier de 2028 pour les logements classés F reste devant vous, inchangé.
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